Une place pour un arbre

Voix 1 – Le soleil : 
Hummm ! Aujourd’hui j’ai bien envie de me reposer. C’est usant, c’est fatiguant, c’est épuisant, de toujours devoir travailler pour produire un peu de lumière ; ces quelques rayons qui me permettent de voir si tout tourne rond au loin.

Voix 2 – Le photographe :
Ce matin je me suis levé et j’ai découvert une lumière comme je les aime, une de ces luminosités qu’on ne trouve qu’en automne ; douce et tamisée. Il me prit alors une irrésistible envie d’aller me promener au parc jouer un peu avec mon meilleur ami : mon appareil photo.
Je me promenais distraitement déjà depuis un petit moment lorsque je croisais ce nandou. Un nandou qui me toisait du regard comme une star connaissant sa beauté et sa valeur.
Je fis un des plus beaux clichés de ma journée… Ah si seulement il n’y avait pas eu cette arbre ! Venu se mettre en plein milieu de ma photo ! Quelle idée il a eut de venir se placer là ! J’appuyais tout de même sur le déclencheur, mais je savais déjà que ma photo ne serait jamais parfaite.

Voix 3 – Le nandou :
Je me promenais dans cette prairie verte et parfumée, sentant le vent jouer avec mes plumes doucement. J’y tourne souvent en rond, elle est petite et en plus je dois la partager. C’est inconvenant pour un nandou de ma race, mais bon, au moins j’y trouve de quoi manger, j’y suis soigné et … adulé ! Chaque jour des milliers d’énergumènes à deux pattes viennent me voir, me prennent en photo, et s’extasient devant ma beauté. Eux au moins, ils savent ce qui est beau !
Quand est arrivé un bipède comme les autres, son appareil à la main, prêt à m’immortaliser une fois de plus. Soudain je l’ai vu hésiter. Il ne me regardait pas, il regardait derrière moi ! Quoi, comment ça ?! Je n’étais pas le centre de l’attention ?! Je me retournais mais non, il n’y avait rien, je le regardais à nouveau, en effet il ne faisait plus attention à moi, il regardait un peu partout mais ne me regardait plus.
Ce n’était pas possible, pas pensable ! Je me mis devant lui et me mis à le toiser de mon regard le plus beau et le plus impérieux, mais devant son manque d’entrain je baissa la tête de déception. Ah, ça y est il me regarde et lève son appareil. Il m’a pris et je vois naître un sourire sur ses lèvres. Ouf ! L’honneur est sauf… Hé mais, il a déjà disparu ?!

Voix 4 – L’arbre :
Aujourd’hui, le soleil ne me brûle pas trop et réchauffe mon tronc encore humide de la froidure de cette nuit. Je tournais mon tronc et mes branches pour bien profiter de cette douce chaleur quand mon attention fut attirée par un humain. Il me dévisageait comme si je venais d’arriver “Pop !” comme par magie, alors que j’étais déjà là quand le parc fut construit moi. Oui oui ! C’est que j’en aurais des anecdotes à raconter, j’en ai vu des choses dont certaines doivent rester secrètes… Mais Chut ! Je n’en dirai pas plus.
Je disais donc, cet humain me dévisageait, et me regardait d’un air qui ne me laissait pas de doute. J’étais gênant. Lui et son mannequin ont tous les deux des pieds et c’est moi qui gêne, moi qui suis enraciné là depuis toujours. Qu’ils se déplacent ! Et puis, pourquoi serais-je gênant ? Ne voit-il pas ma beauté, mon histoire qui transparait sur mon tronc, dans mes courbes, mes branches et mon feuillage ! Pourquoi  ne s’arrêtent-ils jamais pour me regarder ?
Soudain, il lève son appareil et prend une photo. Il me visait, je suis sur la photo ! Moi ?! Peut-être ai-je parlé un peu trop vite…

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